13.05.2012

Ci-git la droite française républicaine (1945 - 2007)

Nourrir les envahisseurs étrangers

Vendredi, 17h, sortie d'école. Discussion avec une maman d'élève, proche de nos convictions. On évoque avec dépit les résultats de l'élection dans le coin. Elle ajoute: "Et attend, hier ma fille est rentrée en m'expliquant qu'il y avait pleins d'intrus en France, et qu'avec le nouveau président, on allait devoir payer encore plus pour nourrir les intrus".
Voilà les discussions de cour d'école entre enfants de CM1, quelque part en France, en 2012.

Les rentiers gagnent à l'Euromillion, les contribuables paient l'addition

La veille. Où j'apprends en écoutant la rubrique économique de France Info que les contribuables français vont devoir exceptionnellement verser au minimum 4 milliards de dédommagement à des détenteurs de capitaux, sans que personne ne s'en émeuve.
Petite explication : depuis 2004, la France ne soumet pas à l'impot les dividendes de placements financiers détenus par des résidents français, au motifs qu'ils seront imposés au final via l'impôt sur le revenu. Par contre l'impôt sur les dividendes (30%) est appliqué lorsque le détenteur du placement est fiscalement non résident en France. Du coup la Cour de justice européenne, suite à des plaintes d'investisseurs étrangers, somme l'Etat français de leur rembourser le montant de ces prélèvements au motif qu'ils auraient dû bénéficier aussi de cette défiscalisation.
Bien entendu, pas un média pour en faire un gros titre, ni pour se demander ce qui a poussé l'Etat français à créer cette usine à gaz fiscale étrangement favorable aux capitalistes français, ni ce qui justifie une telle rétroactivité (les plaignants n'étaient pas captifs de cette situation, ils avaient placé leur argent en connaissance de cause, ils étaient libres de le placer ailleurs...)
Non le contribuable français paiera gentiment... Cela fera au minimum 70 euros par français... On n'est plus à 4 milliards d'euros près...

Pendant ce temps donc, au village, on cause encore de l'intrus basané qui vient nous enlever le pain de la bouche. La diversion fonctionne donc parfaitement. Les capitalistes sont rassurés. La crise peut poursuivre sa propagation inéluctable. Les instances dirigeantes mènent en toute tranquilité les grandes manoeuvres visant à garantir que l'on se serrera correctement la ceinture, afin que les investisseurs en aient pour leur argent.

C'est reparti comme en 14...

Ces deux exemples indépendants en disent long sur l'état du pays. Certes on a eu le temps de le voir venir. Comme prévu, le capitalisme accouche de la Grande Crise, soeur jumelle de celle de 1929. Rien d'étonnant, un système basé sur la prédation et qui ne peut se maintenir que par la fuite en avant devient forcément incontrôlable et finit sa course folle en se crashant.

Dans le même temps, c'est l'enseignement majeur, moins prévisible, de l'élection présidentielle française : on est en train de réaliser avec le recul que la parenthèse gaulliste de la droite française a bel et bien pris fin en 2007, lorsque que le candidat d'alors a déclaré qu'il fallait engager la "rupture". Et nous a montré que la République, c'est comme l'environnement, ça commence à bien faire...

Un demi-siècle, c'est le temps qu'il a fallu à la droite pour faire contrition. Une génération est passée. La droite sarkozyenne ne veut pas plus porter la culpabilité de Vichy que celle de la colonisation. L'après-guerre est terminée. Fini les pansements. La sécurité sociale, les retraites collectivisées, tout ça, ouste, au musée ! Le paternalisme bienveillant du général a fait long feu. Le vaccin de la seconde guerre mondiale n'a la durée de vie que de celle de notre mémoire collective, c'est à dire quelques décennies au plus. A l'heure du bombardement cathodique permanent et de l'enfermement dans l'immédiateté, l'amnésie prend l'ascendant sur le souvenir. La France généreuse et ouverte, c'était hier. La France doit être forte (vis à vis des faibles). Il est temps de repartir... comme en 14.

Le vice caché de la construction européenne

La droite française républicaine pourra-t-elle renaitre de ses cendres, après 35 ans de déclin et 5 ans de léthargie? Seul Bayrou semble avoir le courage de s'opposer à cette fatalité. Mais sa soumission à l'égard de l'hégémonie de la finance, tout comme son isolement dans sa propre famille, ne semble ne lui donner aucune chance.

La droite semble inéluctablement faire glisser le pays vers la technocratie capitaliste européenne en rénovant le cadre poussièreux de la nation pour donner aux masses un os à ronger d'inspiration fasciste. Faire croire à un regain de souveraineté nationale pour masquer la perte de souveraineté démocratique. Et confirme le spectre terrifiant qui semblait trop gros pour être vrai. Mais c'est un fait, l'histoire se répète : L’Europe revitalise le nationalisme et le fascisme, alors qu'elle a été construite pour les combattre.

L'entourloupe libérale

"L’antifascisme tue la démocratie". Voilà un trompe-l'oeil évoqué  ici, fruit de l'amalgame entre antifascistes et socio-libéraux. Ce n'est pas parce que les socio-libéraux se voulaient antifascistes qu'on peut les confondre. En réalité c'est une supercherie dont la gauche naïve a été la victime (consentante?). L'Europe libérale nous a été vendue pour démanteler l’Etat Nation, et ce afin d'affaiblir la Nation. A l'arrivée elle a affaibli l’Etat mais pas la Nation..

Des décennies de confiance aveugle, à accepter à contrecoeur l’idée que le commerce était le langage commun de tous les européens, et que la politique n’avait pas besoin d’être discutée par les peuples entre eux. Pas besoin de leur apprendre à parler la même langue, ils parlent tous l’Euro : la main invisible du commerce gère tout pour eux, les autres discussions ne relevant pas de la sphère économique continuent à se traiter de façon traditionnelle au niveau local (national donc).

La prise de conscience est brutale. Loin des grandes utopies théoriques, la main invisible est juste pilotée par la technocratie et les lobbies financiers. Le constat est sans appel. Le néolibéralisme si séduisant n'est que l'habit moderne du capitalisme ancestral.

Nous voilà aujourd'hui avec ce recul démocratique entériné, et les décennies de gouvernances nationales menées sous le sceau de l'obscurantisme politique (ignorance de la réalité macro-économique du monde, stigmatisation microscopique du pauvre, immigré, assisté, bref du plus faible..) sont le meilleur terreau pour la ré-émergence du fascisme...

Va-t-on assister à la répétition de l'histoire, sous l'oeil complaisant des classes dominantes?

Chacun contre tous, tous contre chacun

Certes la barbarie du siècle dernier n'a que peu de chance de se reproduire dans sa forme nazie. Mais en clamant en permanence qu'on vit dans le meilleur système de civilisation et qu'il n'y a pas de place pour ceux qui ne savent pas s'y adapter, ne prend-on pas le risque de voir se concrétiser une certaine forme de purge contre les inadaptés, les faibles, les nuisibles désignés?
La crise fait vaciller le monde entier. A tous niveaux, l'addiction à la propriété privée a maintes fois prouvé que l'humain est capable de fermer les yeux, pourvu que cela permette de maintenir les structures existantes, voir de broyer délibérément ses congénères si son patrimoine, quelle qu'en soit la taille, est en jeu.

Ne nous y trompons pas. Il ne semble pas idiot de penser que le néolibéralisme fait volontairement pencher l'édifice du côté du fascisme pour être sûr qu'en cas d'effondrement, la casse soit limitée et que l'ensemble ne tombe pas du côté du collectivisme. Le fascisme restera toujours la soupape de sécurité du capitalisme. Celle qui aide à prendre de la matière humaine comme variable d'ajustement afin de prolonger son existence.

La droite gagnerait à ne pas se ranger dans le sillage de cette dérive, en renoncant à la société patriarcale du "chacun contre tous et tous contre chacun" Sarkozyen, sous peine d'être à nouveau ternie par des mots évoquant une autre époque, et dont aucune couleur ne saura jamais embellir le tissu quadrillé.

14:05 Écrit par Petit écran de fumée | Commentaires (0) | |  Facebook | |

09.05.2012

France des villes, France des champs

Exemple 1 Témoignage extrait de ce  journal en ligne  au contenu éditorial qui me contrarie souvent...

Dans un bar en province, un gars regarde à la télé le rassemblement place de la Bastille dimanche soir et raconte la scène à son correspondant. Les clients du bar braillent « Allah Ouh Akbar » ou encore « C’est la victoire des Arabes !»
Mais qui braille des conneries pareilles ? «Des bons Français » rapporte le témoin de la scène.

Sans doute un échantillon de la "vraie France rurale" , allergique à la fausse gauche des villes et aux vrais étrangers d'origine, de religion, ou d'apparence...

Exemple 2 : lu sur un forum de sport, rapporté sur tweeter...

Si Sarkozy était le président des riches, on a bien compris de qui Hollande sera le président selon certains... 

 Lu sur Lequipe.fr "ben arfa, benzema, nasri, kaboul, rami, c'est flamby le sélectionneur?"

 Oui, on n'est pas au bout de nos peines. Y a pas à dire, la France rayonne...





23:40 Écrit par Petit écran de fumée | Commentaires (0) | |  Facebook | |

08.05.2012

Premier écran de fumée : les drapeaux

Pas de répit, donc. La droite est survoltée. Elle se sait majoritaire, dans les têtes, et elle n'a pas tort.

Donc voilà. Première réplique, les drapeaux de Bastille. Trop maghrébins, trop bolcheviks, pas assez bleu-blan-rouge. Entendez-vous, sur nos boulevards, mugir ces féroces envahisseurs? Ils viennent jusque dans nos bras, nous défier, nous humilier avec leurs étendards infâmes...

Et voilà comment quelques agités revanchards et provocateurs, en se défoulant, viennent de braquer le bon peuple de France, et le renforcer dans ses convictions de droite. C'est pas gagné les législatives pour le PS, je vous le dis. Cette fois-ci, point de Sarkozy controversé au milieu. Les abstensionnistes de droite ne vont pas se priver de laver l'affront dans les urnes.

Bon personnellement, les législatives, je m'en moque. Ce qui me préoccupe, c'est que ce genre de polémique maintient l'opinion majoritaire dans une posture de victime humiliée revancharde, enfermée et renforcée dans son carcan nationaliste. Et ça recule encore d'autant la nécessaire conscience de la destinée collective vis à vis de l'environnement, de notre système économique et de notre structure de gouvernance... Bref, c'est juste un nouvel écran de fumée, une diversion qui nous empêche de creuser les vrais problèmes.

Agiter des drapeaux ne fera jamais avancer les choses. On ne peut plus se le permettre en France désormais. Dans ce monde où le capitalisme n'a a eu comme effet que d'opposer les peuples les uns aux autres (tiens donc la mondialisation ne nous a pas permis d'exporter le progressisme français?), le nationalisme reste le seul langage universel que tout être humain sait déchiffrer, et qui ramène n'importe quel individu, quel que soit sa couleur de peau ou sa religion, à l'état de taureau devant la muleta...

Note pour les années qui viennent : dans la course poursuite que la gauche militante va livrer au FN d'ici 2017, si elle veut toucher l'intelligence de chacun, elle devra déminer autant que possible ce genre de piège qui bloque le citoyen au niveau de son intelligence reptilienne...

23:24 Écrit par Petit écran de fumée | Commentaires (0) | |  Facebook | |